3 janvier 2013

Les faux-monnayeurs — Gide

— Un esprit obtus ne reçoit que des perceptions confuses ; mais, à cause de cela même, il ne se rend pas nettement compte qu'il est obtus. Il ne commencerait à souffrir de sa bêtise que s'il prenait conscience de cette bêtise ; et pour qu'il en prenne conscience, il faudrait qu'il devienne intelligent. Or, imagine un instant ce monstre : un imbécile assez intelligent pour comprendre nettement qu'il est bête. 
— Parbleu ! ce ne serait plus un imbécile.
— Si, mon cher, crois-moi. Je le sais du reste, puisque cet imbécile, c'est moi.