Narrateur du roman, il dit avoir été pris de la "maladie du siècle" à dix-neuf ans, à l'occasion d'un dîner mondain où il surprend sa maîtresse faire du pied à un autre homme. Cette trahison de bas étage le mène à un duel non moins ridicule où il est blessé, puis à des semaines de fièvre et de plaintes qui n'en finissent pas. Octave nous fait comprendre à plusieurs reprises à quel point les femmes sont des tentatrices, des manipulatrices, des comédiennes sans cœur, ce qui justifie le train de vie libertin qu'il adoptera par la suite, sous l'influence de l'inévitable ami corrupteur, ici nommé Desgenais, lequel présente des caractéristiques communes avec le Versac de Crébillon fils, le Valmont de Laclos, ou encore le Lord Henry de Wilde, ces individus blasés et cyniques, ne croyant plus en rien, qui entraînent dans leurs vices de jeunes innocents.
Il est très difficile de s'attacher à Octave parce que son comportement est incompréhensible, qu'il ne cesse de changer d'avis, qu'il est paranoïaque et schyzophrène, qu'il est pétri de clichés romanesques et qu'il demeure en plus un lâche et un fat, incapable d'agir véritablement ou de tenir une parole. Comme dans tout roman d'éducation qui se respecte, le jeune homme dupé par l'aimée jure de ne plus croire aux femmes ("mon parti était pris de n'aimer plus jamais" déclare le jeune naïf) et de ne plus poursuivre celle qui fait battre son cœur en particulier, et comme souvent, le jeune homme sans volonté se laisse malgré lui entraîner et reprend ses mauvaises habitudes. Le roman sacrifie à tous les lieux communs possibles et imaginables : il se retire à la campagne, tombe amoureux d'une belle veuve vertueuse et dévote qui finit par l'aimer malgré elle (à la manière de Mme de Mortsauf dans Le lys dans la vallée) et tente de lui échapper. Quand enfin elle cède, sa fidélité est sans égale, son amour presque sacrilège : elle ne vit que par et pour lui, tandis qu'il la malmène et se lasse, tout en jurant simultanément qu'il l'aime plus que sa vie. Si le comportement de cette veuve, Brigitte Pierson, est bien sûr typique et souvent énervant dans son uniformité, celui d'Octave est pire encore car il agace sans cesse le lecteur par ses monologues, ses fausses prises de décision, ses dilemmes infondés. L'intérêt se limite à voir évoluer au fil de la narration sa jalousie, mais là encore Brigitte paraît trop pure, trop innocente, et lui d'une méfiance presque pathologique et masochiste quand il multiplie les tête-à-tête entre elle et l'homme qu'il soupçonne afin de se donner raison.
On a déjà vu des héros au tempérament auto-destructeur ou incohérent, même des personnages fous, mais celui-ci, qui prétend raconter sa vie, qui glose sans cesse tous ses actes pourtant si répétitifs, joue avec nos nerfs. Il pousse à bout la femme qu'il aime par une véritable torture psychologique, il joue deux rôles antagonistes, entre amant dévoué et bourreau cruel, deux pôles bien connus et dans lesquels Musset innove peu. Octave hésite toujours entre le désir de quitter Brigitte, celui de rester avec elle pour toujours, la volonté de se tuer ou de la tuer, il invente du drame là où il n'y a rien. Octave est le propre opposant à son bonheur et à celui de Brigitte, il ruine toute possibilité, tout échappatoire et recrée sans cesse sa propre tragédie, qui n'a pas lieu d'être, et qui ne repose sur rien que sur son oisiveté, ce "mal du siècle" qui le ronge et travaille contre son bonheur, dans cette absence de grande guerre et de grande aventure qui se retourne contre sa propre vie.
Je crois que ce qui m'a le plus déplu, c'est qu'il n'y avait pas tellement de regard distancié sur le personnage, si peu d'ironie et tant d'éléments autobiographiques qu'on croirait que ces centaines de pages de clichés romanesques qui tournent en boucle et sont vidées de leur essence n'ont pas été écrites et pensées comme tels. Le narrateur a beau porter sur lui-même un regard lucide et critique, cet Octave n'en est pas moins fatiguant dans ses innombrables changements d'opinion, sautes d'humeur et autres pulsions contradictoires.
Quelques citations malgré tout :
- "Il n'y a plus d'amour, il n'y a plus de gloire. Quelle épaisse nuit sur la terre ! Et nous serons morts quand il fera jour."
- Desgenais : "Ouvrez votre fenêtre, Octave ; ne voyez-vous pas l'infini ? ne sentez-vous pas que le ciel est sans bornes ? votre raison ne vous le dit-elle pas ? Cependant concevez-vous l'infini ? vous faites-vous quelque idée d'une chose sans fin, vous qui êtes né d'hier et qui mourrez demain ?" ; "vous avez apparemment un almanach fait exprès pour savoir combien de temps les baisers des hommes mettent à sécher sur les lèvres des femmes."
- "La patience que Brigitte opposait à ces égarements ne faisait cependant qu'exciter ma gaîté sinistre. Étrange chose que l'homme qui souffre veuille faire souffrir ce qu'il aime ! Qu'on ait si peu d'empire sur soi, n'est-ce pas la pire des maladies ?"