J'ai vu l'adaptation de Volker Schlöndorff (1966) tout à l'heure et bien qu'il soit une heure trente du matin, j'ai envie d'en parler un peu maintenant avant de tout oublier, comme le poisson rouge que je suis.
Le film est bien réalisé, bien monté, il y a de très beaux plans, certes, mais l'acteur principal laisse à désirer et la manière de le présenter à l'écran me paraît douteuse par rapport à ce que le livre propose. Avec Musil, on est très proche de Törless puisque c'est lui le narrateur et qu'on reste dans le cadre de son point de vue subjectif. Bien sûr, ce n'était pas possible à rendre au cinéma, mais j'ai trouvé que le Törless de l'écran était presque antipathique et avait plutôt l'air d'un jeune adolescent méprisant. Certes, cet aspect de lui est présent dans le livre, mais de manière plus subtile, et il est davantage un personnage silencieux, calme, sous la coupe des Reiting et Beineberg, tandis qu'ici on le voit s'imposer dès le début, prendre la parole et beaucoup moins s'interroger sur les questionnements métaphysiques qui le tourmentent dans le livre : le film mentionne très brièvement les nombres imaginaires, fait silence sur tout ce qui concerne Kant et évacue toute les réflexions secondaires de Törless, lequel apparaît alors comme un personnage creux. C'est le reproche majeur que je ferais au film : il simplifie beaucoup trop les choses. Évidemment, tout un pan du livre est censuré et on ne peut pas rentrer dans les débats intérieurs du personnage quand on quitte le champ du littéraire, ni démêler l'impact de certaines images ou paroles chez lui, les problèmes irrésolus concernant sa mère entre autres, et c'est sans doute la raison pour laquelle l'adaptation filmique ne s'intitule pas, comme le livre, "Die Verwirrungen des Zöglings Törleß" ("Les désarrois du jeune Törless") mais simplement "Der junge Törleß" ("Le jeune Törless").
Peut-être n'aurais-je pas dû voir l'adaptation immédiatement après avoir lu l'œuvre originale.. je sais que ça influence beaucoup. D'un point de vue strictement cinématographique, le film répondait à mes attentes, et il m'a aussi permis de voir le décalage entre la vision qu'on se fait des personnages, des lieux, même sans s'en rendre compte, et la perception d'un autre qui nous est donnée à voir. Pour prendre un exemple strictement personnel, Beineberg m'énervait dans le livre parce qu'il énervait Törless, et Basini me plaisait pour la même raison, tandis que dans le film ces tendances se sont inversées, mais c'est sans doute dû au charisme des acteurs respectifs ^^'
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| Törless et Basini |
Le seul moment où j'ai entr'aperçu le Törless du livre, quand il interroge Basini pour tenter de le comprendre, ou plutôt de résoudre l'énigme qu'il paraît porter et qui le fascine :





