17 août 2013

l'internat des fins de semaines



Un jour il faudrait que j’écrive sur les soirs d’hiver où les allées sont désertes et les lumières éteintes. Ces samedis où la plupart des élèves sont rentrés chez eux et où l’internat est plongé dans un profond silence. Il faudrait que je parle du couloir du premier étage, cet horizon qui ne se termine jamais et qui ressemble à l’avenir quand on cherche à distinguer ce qu’il y a au bout. Il faudrait que je parle du parquet qui craque et des marches en bois qui murmurent, des rais de lumière sous les portes oubliées et du bruit du réfrigérateur dans la tisanerie. Il faudrait que je parle de la chambre du pion vide, des longues promenades où l’on ne croise personne et du bruit de la pluie sur les grandes fenêtres qu’on n’ouvre jamais. Il faudrait que je raconte le bruit du vent qui souffle et passe par l’interstice des vieilles croisées, la sensation des douches brûlantes qui décapent la peau entre quatre murs glissants dans une grande pièce vide, le vertige d’un terrain de sport où les feuilles mortes se promènent, la galerie glacée et les chambres surchauffées, le bruit des tuyaux qui berce la nuit et l’impression de vivre seul au milieu d’une grande cité abandonnée.

(écrit en décembre 2011)