10 octobre 2013

Ferdydurke — Gombrowicz

Or qu'était cette chambre à coucher ? Une utopie. Où y avait-il place pour les bruits et grognements qu'émettait l'homme dans son sommeil ? Où y avait-il place pour l'embonpoint de son épouse ? Et pour la barbe de Lejeune, que celui-ci rasait, certes, mais qui n'en existait pas moins en puissance ? L'ingénieur était en fait "barbu", bien que sa barbe disparût chaque jour dans l'évier en même temps que la pâte à raser — et la pièce elle-même était "rasée". Jadis, c'est la forêt frémissante qui constituait la chambre à coucher de l'humanité, mais où y avait-il place désormais pour le bruissement, le mystère, l'obscurité de la forêt dans cette chambre claire, au milieu de ces essuie-mains ? Comme cette propreté était médiocre, étroite, comme ce ton bleu clair jurait avec les couleurs de la terre et de l'homme !